Quelques mois s'étaient écoulés depuis la sombre affaire de manipulation qui avait couté son poste à Javer et cette fois-ci Chiara se sentait une nouvelle fois au coeur d'une manipulation.
Cependant, elle savait que tout avait changé et que les manipulateurs allaient eux-même être manipulés.
Elle venait en effet de recevoir une missive de l'Imperator qui lui proposait le poste de premier ministre.
- Si vous acceptez, nous ne pourrons pas réellement diriger ce pays puisque le parlement ne nous est pas acquis. Que faisons-nous ? Demanda le député démocrate Volofonte.
- JE REFUSE ! Si j'accepte c'est pour me sacrifier pour leur régime, or je serais complètement folle puisqu'il est en train de mourir ! Nous n'avons jamais été aussi prêt du rétablissement de la république. JE REFUSE DONC D'ÊTRE LA PREMIER-MINISTRE DE CE RÉGIME ! Qu'il sombre mais qu'il ne m'emporte pas dans son naufrage.
- Mais ils risquent alors de nommer un conservateur... Or cela sera pire pour le peuple.
- Non ! J'en ai assez des compromissions. S'ils nomment un conservateur, ils auront le peuple entier dans les rues et Chiara Antesolo sera du côté du peuple quoi qu'il arrive.
- Ou alors ils convoqueront de nouvelles élections censitaires... et de nouveau cette parodie de démocratie nous privera du pouvoir que le peuple veut nous confier. Rajouta un député socialiste.
- Et bien qu'ils fassent ! Ils auront encore le peuple dans les rues pour prendre d'assaut les bureaux de votes. N'avez-vous pas lu les derniers bulletins de Treviso ? C'est dans ses recommandations...
Elle leur lut des extraits de la longue lettre que l'ancien président du conseil de Métropolis avait adressé aux différents corps politiques.
| Pietro-Luigi de Treviso a écrit: |
...Ensuite, lors des élections, nous agirons. Nous démontrerons le caractère inadmissible de l'interdiction de certains partis. Nous forcerons le monarque à tolérer les socialistes. La victoire de la coalition des forces de la gauche ne fait aucun doute. A l'issue du vote, le nouveau conseil majoritairement à gauche de l'hémicycle renversera la monarchie appuyé en cela par le peuple... Le président du conseil prononcera la fin de la monarchie et remerciera le roitelet. La république sociale de Metropolis sera enfin restaurée. Quant au monarque, nous ne l'emprisonnerons pas. Nous ne le contraindrons pas à l'exil. Il redeviendra simplement un citoyen comme les autres et devra, s'il souhaite le pouvoir, comme tout en chacun, passer par les urnes...
...Nous encouragerons le peuple à prendre d'assaut les bureaux de vote et à mépriser le vote censitaire !...
...La troupe ne s'opposera pas à la déferlante dans les bureaux de vote. Certain de leur officiers supérieurs sont de notre côté. La troupe, ayant sans doute assimilé l'héritage de Crow (mon ancien ministre qui l'avait réorganisée), a toujours été du côté du Bien Commun, à Métropolis...
...Ainsi le peuple votera en masse, quand bien même la monarchie le lui interdit par ses lois d'opérette. Ce sera ça, la révolution de 1839... Dix années après la première...
...Se foutre bien des ordres de cette monarchie qui ne respecte aucun ordre sinon le sien propre ! Et évidemment, nous ferons imprimer autant de listes et autant de bulletins de vote que le peuple dans son entier le nécessitera ! Vous avez, je crois, dans vos mouvances, quelques imprimeurs... Nous nous réapproprions ainsi l'élection. Certes elle ne sera pas reconnue par la monarchie mais son engouement sera tel qu'après cela, le peuple saura qu'il est fort et que cette monarchie n'est plus rien. Nous pourrons alors investir le parlement avec les vrais conseillés élus par le peuple et nous détruirons la monarchie pour restaurer la république.... |
- Mais Chiara ! Votre frère précisait aussi ceci :
| Pietro-Luigi De Treviso a écrit: |
...après cette guerre désastreuse, l'opinion en a plus qu'assez de payer de ses écus et de sa vie pour les intérêts d'une ploutocratie qui ne trompe plus personne. Il y a fort à parier que des mouvements sociaux, dans les manufactures, accompagnés de vagues de protestation contre la guerre, ne sonnent le glas de la gouvernance De Roop. On dit même qu'il serait sur le point de démissionner prétextant vouloir se consacrer à ses activités industrieuses. Cependant cela dissimule le profond échec de la monarchie...
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Ce en quoi il avait vu juste le vieux bougre ! Mais voilà ce qu'il dit ensuite :
| Pietro-Luigi De Treviso a écrit: |
...Chiara doit, au parlement, organiser un front antimonarchiste. Premier acte d'une révolution qui restaurera la république. Il y a fort à parier qu'elle sera nommée première ministre par intérim et elle devra accepter ce poste afin de conduire de nouvelles élections....
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- Certes. Mais je ne suis pas mon frère. Je le respecte et son avis est judicieux mais cette décision me regarde ! Elle me concerne. Il s'agit de moi, de ma vie, de ma destiné et personne ne peut en décider. Encore une fois, je refuse parce que je refuse de sombrer avec ce système et nous devons tous faire front mes amis. Nous devons oeuvrer à l'organisation des élections. C'est tout et ensuite nous pourrons participer au renversement de ce régime d'un autre âge. Nous ne devons pas nus corrompre avec ce régime. Par conséquent je refuse ce poste. Mais si quelqu'un parmi vous souhaite l'accepter, je ne m'y opposerai pas.
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Candide comme la colombe. Habile comme le serpent.
Celui qui regarde la vie comme autre chose qu'une illusion qui se détruit elle-même est encore prisonnier de la vie.
NOVALIS